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jeudi, 23 décembre 2010

Mgr Léonard cale sur les indemnisations

leo.jpgLe grand oral de Mgr Léonard a buté sur la question des réparations. Pire : l’archevêque a fini par voir les commissaires se retourner contre lui !

Un archevêque n’est pas l’autre : alors que les députés de la commission Lalieux, parfois très peu au courant du fonctionnement de l’institution ecclésiale disaient rester sur leur faim après l’audition du cardinal Danneels, mardi, ils paraissaient globalement satisfaits des réponses claires et nettes, mercredi, de son successeur.

Mais voilà, Mgr Léonard c’est Mgr Léonard et en toute fin d’audition, l’archevêque s’est attiré l’ire des membres de la commission à la fois pour ses comparaisons sociétales surprenantes - lire-ci-dessous - mais aussi parce qu’il a fermé la porte à la suggestion quasi unanime des députés de voir l’Eglise prendre davantage ses responsabilités pour l’indemnisation des victimes.

A vrai dire, on avait senti l’incident arriver lorsqu’au moment de répondre aux nombreuses questions des commissaires, l’archevêque, mi-sérieux, mi-ironique avait dit qu’il "laissait cette question pour la fin" disant "craindre que l’attention ne retombe avant ou, qu’au contraire, elle se dilue"

En guise d’introduction à son "grand oral", André-Joseph Léonard avait rappelé qu’il se présentait comme ancien évêque de Namur mais surtout depuis le 27 février comme archevêque de Malines-Bruxelles et comme président de la Conférence épiscopale. Toutefois lorsque dans son homélie de Pâques face aux scandales qui éclaboussaient l’Eglise dans d’autres pays, il avait "dénoncé fermement le manque de rigueur avec lequel on avait parfois traité jadis certains cas d’abus sexuels sur les mineurs", c’était uniquement en sa qualité d’archevêque. Une précision faite non pas pour ouvrir son parapluie face aux responsabilités de l’Eglise belge mais pour bien mettre en exergue, au contraire, que comme le cardinal Danneels avant lui, il avait en sa qualité de premier parmi ses pairs "surtout un rôle d’écoute et de coordination, parfois d’inspiration dans les divers domaines qui touchent la mission de l’Eglise". C’est à ce titre que lors de la conférence de presse du 23 avril annonçant la démission de Roger Vangheluwe, il avait lancé un appel aux victimes pour qu’elles osent se manifester, en recourant ou non à la commission Adriaenssens mais en s’adressant aussi en tout état de cause et prioritairement à la justice civile. C’est encore comme "primus inter pares" qu’il avait, après la visite quinquennale des évêques à Rome signé une lettre pastorale dans laquelle ces derniers demandaient pardon aux victimes pour les maux commis mais aussi pour les traitements inadéquats.

Comme les autres évêques avant lui, Mgr Léonard a aussi fait le point sur les plaintes qui lui étaient parvenues depuis son transfert à Malines. L’occasion de revenir sur l’interview de "Question à la Une" (RTBF) qui a pu laisser l’impression qu’il ne voulait pas que l’on juge les prêtres pédophiles très âgés ou malades.

Il s’est aussi octroyé un bon bulletin pour son approche de la question comme évêque de Namur mais là, il allait être contré pendant le débat par Marie-Christine Marghem (MR) qui mit le doigt sur certains dysfonctionnements dans le dossier Devillet - le nom fut cité parce que la victime a écrit un livre sur l’affaire

Mais l’on attendait surtout l’archevêque sur la manière dont il compte (ré)agir désormais efficacement. Rien à redire sur "sa ferme volonté de ne jamais recourir à une forme quelconque de camouflage d’une vérité établie ainsi que cela fut le cas parfois jadis dans tous les milieux de la société mais aussi hélas dans l’Eglise, en Belgique comme ailleurs"

Les députés apprécièrent aussi d’apprendre que l’Eglise sera "plus attentive que jamais à l’équilibre affectif des personnes qui se destinent à devenir prêtres" et veillera plus "à leur accompagnement personnel dans la vie sacerdotale".

Mieux : "un code déontologique et un vade-mecum concernant l’attitude à adopter en cas d’abus seront également publiés pour tous les acteurs pastoraux qui ont des contacts avec des jeunes". Et dans la foulée, à l’étonnement de plus d’un député, l’archevêque annonce une vigilance accrue "dans la préparation des jeunes au mariage religieux et un accompagnement pastoral des couples chrétiens après le mariage, puisque nous savons que la majorité des abus ont lieu dans le cadre de la famille"

 

Dans l’échange avec les commissaires, André-Joseph Léonard a tenu à les rassurer : s’il est bien "le champion toutes catégories des ordinations" depuis qu’il est évêque, aucun des plus de 100 nouveaux prêtres qu’il a nommés n’ont fait l’objet de plaintes. Par contre, il les a remplis de perplexité en ne rejoignant pas leur suggestion d’écarter définitivement les prêtres pédophiles de l’Eglise, estimant pour sa part qu’ils seraient bien plus dangereux hors d’elle.

Plusieurs députés revinrent aussi sur la nécessité d’instaurer une sorte de seconde instance, d’appel en quelque sorte face à des évêques qui tenteraient d’étouffer certains scandales. Mgr Léonard sur ce point a rejoint son prédécesseur : pas question d’imposer un point de vue aux collègues puisqu’il n’est qu’un (arch)evêque parmi d’autres mais rien n’empêche de s’adresser alors à Rome ce qui stupéfia tant Siegfried Bracke (N-VA) que Karine Lalieux (PS) y voyant "un transfert vers nulle part". Quant à la possibilité de faire alors appel à un tribunal diocésain, l’idée n’a pas convaincu davantage car qui au fond même parmi les catholiques connaît toutes ces arcanes ecclésiaux ?

Le ton monta aussi un brin entre Valérie Déom (PS) et l’archevêque qui réfuta sèchement que l’Eglise se confinait dans une "culture du silence" et l’accusa "d’être à côté de la plaque". "D’ailleurs" a dit Mgr Léonard "Peter Adriaenssens m’a dit que si on faisait dans sa profession de thérapeute, le même ménage qu’au sein de l’Eglise, il y aurait bien du pain sur la planche". L’ambiance ne fut pas moins électrique lorsqu’on aborda les perquisitions du 24 juin. Si Mgr Léonard a rappelé que l’Eglise n’avait pas à s’y opposer, il avait quand même de sérieux états d’âme "sur les moyens employés et déployés". Ce qui amena Karine Lalieux à répliquer que "l’action entreprise ensuite par l’Eglise mettait en péril certains dossiers car la prescription court toujours", oubliant peut-être un moment que tout justiciable a le droit de réagir à une perquisition. Mais ce vif échange ne fut qu’un amuse-gueule avant l’affrontement final sur les indemnisations

 

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