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jeudi, 23 décembre 2010

Belgique:La crise politique la plus longue

pict_281736.jpg194 jours de crise politique, ce vendredi 24 décembre. On n’a jamais fait mieux… Ou pire. Pourquoi la crise dure-t-elle si longtemps ? A-t-on des chances d’en sortir ? Tentatives d’explications.
Analyse

Voilà un record dont on se serait bien passé. Pensez donc : le 25 décembre 2010, on en sera à 195 jours de crise. La Belgique aura donc battu le record de la plus longue crise politique de son histoire : 194 jours. C’était en 2007 ! Nous avons voté le 13 juin, à la fin du printemps. Et alors que l’hiver vient de débuter, il n’y a toujours pas de gouvernement fédéral. Pire, on est encore à des années lumières d’un accord. Et l’on ne sait toujours pas si les 7 partis qui négocient - et encore, on ne les a plus vus ensemble depuis le 3 octobre - seront ceux qui, in fine, scelleront un accord.

Essayons de répondre à deux questions simples.

1 Comment en est-on arrivé là ? La réponse, tient en un chiffre : 27. Le 13 juin, jour des élections fédérales, la N-VA a décroché 27 sièges à la Chambre. Sans vouloir, évidemment, rejeter toute la faute sur le seul parti nationaliste flamand, il faut bien reconnaître que cette victoire écrasante, terrifiante, a compliqué et crispé l’échiquier politique.

Pourquoi ? D’abord parce que la N-VA est un parti nationaliste, séparatiste et que son programme est, à tout le moins, difficilement conciliable avec celui de tous les autres partis francophones. Même si, au cours de ces six mois, la N-VA a mis un peu sous le boisseau sa revendication séparatiste - expliquant que le parti est plus en faveur d’une évolution que d’une révolution -, il faut rappeler que la scission du pays reste inscrite au fronton du programme de la N-VA. Donc, il n’est pas aisé de négocier avec un parti qui sera toujours insatisfait du résultat et qui n’attendra pas que l’encre de l’hypothétique accord soit sèche pour mettre sur la table la revendication suivante : la scission du pays. Pourtant, tous les sondages rappellent inlassablement que cette scission, ce n’est pas ce que souhaitent, dans leur toute grande majorité, les Flamands, les francophones et les Bruxellois. Soit.

En même temps, et c’est cela qui est curieux, même si aucun autre parti flamand ne partage l’objectif final de la N-VA, à savoir la création d’un Etat républicain flamand, membre de l’Union européenne, les autres formations politiques du Nord soutiennent, en grande partie - c’est variable en intensité selon les partis - les revendications à court terme de la N-VA, tant sur le plan des transferts massifs de compétences que sur la responsabilisation financière des entités fédérées.

C’est là, une autre raison de la longueur de cette crise. Beaucoup de négociateurs francophones considèrent que si, depuis le début, le CD&V avait osé se "déskotcher" de la N-VA, consacrant ainsi l’isolement des nationalistes sur l’échiquier politique, un accord aurait pu être atteint. Mais le CD&V, jugeant que la responsabilité d’un accord incombait principalement aux deux grands vainqueurs du scrutin fédéral - la N-VA et le PS - s’est en permanence calé dans l’ombre de la N-VA, acceptant le compromis quand la N-VA disait "oui" - ce qui est arrivé bien peu souvent - et rejetant les accords quand la N-VA pointait le pouce vers le bas.

Pourquoi une telle proximité ? Il y a deux raisons à cela. La première raison est stratégique : à l’exception du séparatisme, le programme du CD&V et celui de la N-VA, c’est chou vert et vert chou. Il est donc normal que le CD&V suive aveuglément le benjamin qui est devenu le grand frère : il engrange des points de son programme sans faire le moindre effort. L’autre raison est politique : le CD&V n’est plus que l’ombre de lui-même. Il a perdu ses cerveaux, ses leaders charismatiques. Et le parti ne pense plus qu’à une chose : sauver les cartels communaux en prévision des élections communales de 2012. Pourtant, ce qui est sur la table - en terme de transferts et d’autonomie fiscale - est colossal : le CD&V aurait crié victoire si son leader de l’époque, Yves Leterme, avait obtenu cela en 2007.

 

2007 C’est peut-être là, avec le recul, que les francophones ont commis "la" grosse erreur, en repoussant une réforme qui est aujourd’hui largement dépassée dans son périmètre et dans son ampleur. Mais on ne refait pas l’histoire. Sauf que, dans l’actuelle longue crise qui nous occupe aujourd’hui, les francophones donnent une fois encore l’impression d’avancer à reculons et de céder, un à un, des lambeaux du pouvoir fédéral. La stratégie des francophones manque parfois aussi de clarté. N’aurait-il pas mieux valu être "plus généreux" dès le départ en termes de réformes, plutôt que de devoir accepter des pas qui finalement conduisent les francophones plus loin que ce qu’ils croyaient pouvoir accepter. On cherche aussi toujours un plan francophone, une vision francophone : le paysage politique du Sud (Régions et Communautés) demeure un peu embrouillé pour le commun des mortels.

Enfin, on ne peut passer sous silence cet élément : depuis le 14 juin, Bart De Wever affirme qu’il souhaite négocier une réforme de l’Etat avec les libéraux, dont il se sent plus proche sur le terrain socio-économique. Il donne ainsi le sentiment qu’il n’acceptera jamais aucun accord tant que les libéraux (surtout francophones d’ailleurs) ne sont pas autour de la table. Passera-t-on par la case libérale, même avec Olivier Maingain dans les valises ? Impossible à dire aujourd’hui. Peut-être faudra-t-il attendre qu’un nouveau président du MR soit installé pour y voir plus clair.

2 Y aura-t-il un accord, un jour ? Pour l’instant, trois éléments essentiels pour obtenir un accord manquent toujours à l’appel. Le premier, le plus important, c’est la confiance entre les négociateurs. Autant on avait l’impression qu’elle pouvait exister au début de l’été, lorsque PS et N-VA se sont découverts l’une ou l’autre proximité, autant cette confiance a complètement disparu depuis la fin du mois d’août. Et les multiples interventions - voire les dérapages - de Bart De Wever dans la presse belge et internationale semblent démontrer que la confiance est perdue à jamais. Ses commentaires, régulièrement assénés avec un étonnant cynisme, prouvent aussi que l’homme n’est pas prêt à accepter des compromis, à se plier à des négociations dans lesquelles il devra faire des concessions. Cette capacité à nouer des compromis, deuxième élément essentiel pour conclure un accord, fait cruellement défaut. Tout comme, c’est la troisième condition, la volonté d’aboutir. La N-VA veut-elle un accord ou cherche-t-elle "simplement", à démontrer que ce pays est définitivement ingouvernable ?

Dès lors, certains montrent la voie pour sortir de ce blocage : de nouvelles élections. Un scénario que ne rejette pas la N-VA qui a le vent en poupe dans les sondages. Ce serait le pire des scénarios. Car les mêmes partis, les mêmes négociateurs se retrouveraient face aux mêmes problèmes.

Il va pourtant falloir faire quelque chose. Le pays ne peut se traîner pendant des semaines et des mois encore sans gouvernement. Car des mesures d’économies (22 milliards !) s’imposent si l’on veut revenir à l’équilibre budgétaire promis en 2015 par la Belgique aux autorités européennes. Là est la véritable urgence. Il faudra bien qu’en janvier, un gouvernement en affaires courantes ou un gouvernement d’urgence se saisisse de ce problème sous peine de livrer le pays aux spéculateurs.

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